EstĂšla Alliaud

Simulation, projet Vernègues, 2017Estèla Alliaud, le ciel même, 2014, dimensions variables, verre découpé, vue de l'exposition Les Contre-Ciels, commissariat Marie Cantos PA - Plateforme de création contemporaine.
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Vit et travaille Ă  Paris

RĂ©sidence : Moulin de VernĂšgues, Mallemort - Vernissage le 22 juin 2017, 18h

Exposition(s) : 23 juin au 31 octobre 2017

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Les résidences 2017

" Le travail d’EstĂšla Alliaud s’attache en premier lieu Ă  la frĂ©quentation patiente et assidue des espaces dans lesquels elle est invitĂ©e Ă  exposer, dans la perspective d’habiter le plus justement un lieu, de percevoir et dĂ©crypter les possibilitĂ©s offertes par ses caractĂ©ristiques propres, que ce soit en termes d’architecture, de volume, de panorama ou de luminositĂ©.
Ce temps d’immersion coĂŻncide Ă©galement avec l’observation minutieuse d’un ensemble de phĂ©nomĂšnes qu’elle cherche Ă  exploiter, dans une logique souvent expĂ©rimentale, Ă  travers des situations en partie dĂ©terminĂ©es par un geste simple, dĂ©pourvu de tout effet d’annonce et de parti pris spectaculaire.
Ainsi au Pavillon Ă  Pantin, reporte-t-elle les mouvements de la lumiĂšre sur le mur Ă  l’aide d’épingles dont l’ombre portĂ©e forme, le temps d’une apparition fugace qui Ă©chappera dans la plupart des cas au visiteur, un alignement parfait (Ligne d’horizon, 2013), ou reproduit-elle sur des plaques de verre dĂ©coupĂ©es, superposĂ©es et simplement posĂ©es au sol, les fragments du ciel aperçus depuis la vitrine de la galerie Papelart (Le Ciel, mĂȘme, 2014).
Ce jeu sur la transparence et le regard portĂ© vers l’extĂ©rieur s’exprime Ă©galement Ă  travers une Ɠuvre logiquement intitulĂ©e FenĂȘtres dans laquelle l’artiste dĂ©pose le carreau d’une fenĂȘtre contre celle, plus grande, d’un autre espace, imposant ainsi un cadre dans le cadre tout en suggĂ©rant un dĂ©placement mĂ©taphorique de point de vue et de paysage.
InïŹmes, presque imperceptibles, de l’ordre de l’inframince chĂšre Ă  Duchamp, ces Ɠuvres rĂ©alisĂ©es avec une grande Ă©conomie de moyen et Ă  l’échelle du corps de l’artiste dĂ©laissent les bavardages pour mieux se concentrer sur le transitoire, les passages d’un Ă©tat Ă  un autre, sur ces moments de basculement qui relĂšvent autant de la disparition que de la trace. A l’image de La Forme empruntĂ©e (2014) pour laquelle EstĂšla Alliaud moule le plafond d’une cave avant d’exposer le rĂ©sultat sur le sol du niveau supĂ©rieur, l’empreinte tient une place essentielle dans son travail. Elle fonctionne Ă  la fois comme nĂ©gatif d’une forme et comme procĂ©dĂ© d’apparition d’un nouvel agencement, comme retournement de situation et de sens.
On comprend alors Ă  quel point l’approche sculpturale de l’artiste peut ĂȘtre envisagĂ©e en termes photographiques, qu’ils impliquent la lumiĂšre, le cadrage, le fragment ou le nĂ©gatif.
Lors de sa rĂ©sidence Ă  L’ApartĂ© Ă  Iffendic, EstĂšla Alliaud initie deux nouvelles piĂšces : pour la premiĂšre (Le Lac), elle immerge trois tissus en coton au grammage diffĂ©rent dans l’étang situĂ© Ă  proximitĂ©, les laissant, ainsi suspendus entre le sol vaseux et la surface, se dĂ©former progressivement et imprimer les mouvements calmes de l’eau. La seconde (Façade) consiste, quant Ă  elle, Ă  intercaler des planches de contreplaquĂ© entre l’une des façades ajourĂ©es du bĂątiment et le mur aveugle de la salle d’exposition.
A travers ces expĂ©riences au rĂ©sultat nĂ©cessairement alĂ©atoire, elle tente d’éprouver, Ă  l’abri du regard, l’action de l’eau et du soleil sur des matĂ©riaux devenus surfaces potentielles de rĂ©vĂ©lation, marqueurs de son temps de prĂ©sence sur les lieux.
Minutieux et prĂ©cis, parfois de l’ordre du relevĂ©, les procĂ©dĂ©s de l’artiste traduisent Ă©galement un goĂ»t prononcĂ© pour le processus, laissant volontiers les formes advenir (ou non) par elles-mĂȘmes.
EstĂšla Alliaud convoque par ailleurs la photographie dans sa pratique de la sculpture, s’inscrivant Ă  sa maniĂšre dans la longue histoire qui, de Constantin Brancusi Ă  Gabriel Orozco, lie ces deux mĂ©diums. Souvent Ă  la limite du noir et blanc, dĂ©ployant tout un nuancier de gris, les clichĂ©s rĂ©alisĂ©s par l’artiste fonctionnent comme des outils spĂ©culatifs2  venant ïŹger un mouvement, un Ă©quilibre prĂ©caire et instable nĂ©s de manipulations diverses au sein de l’atelier ou produits, dans les cas du Lac et de Façade, par un phĂ©nomĂšne naturel. A la vidĂ©o, trop narrative et Ă  mĂȘme de capter l’intĂ©gritĂ© d’un processus, l’artiste prĂ©fĂšre l’image ïŹxe qui vient saisir l’instant, conserver l’état Ă©phĂ©mĂšre d’une forme. Chez elle, le fragment revĂȘt une vertu esthĂ©tique qui tour Ă  tour se fait indice et embrayeur de situations qu’il revient Ă  chacun de dĂ©crypter et de s’approprier."

RaphaĂ«l Brunel, Surfaces d’impression, 2015.